
Aux premières étapes de la création d’une entreprise, l’attention des fondateurs est naturellement tournée vers des enjeux très concrets : financer un projet, développer un produit et structurer les opérations. Dans ce contexte, un actif pourtant central est souvent relégué au second plan : la propriété intellectuelle (PI). Brevets, marques de commerce, secrets commerciaux, droits d’auteur ou designs ne sont pas de simples formalités juridiques. Ils constituent, ensemble, la base de la valeur créée, protègent l’innovation et contribuent directement à la croissance et à la crédibilité d’une entreprise.
Lorsque la question de la PI est abordée trop tard, elle devient souvent un problème plutôt qu’un levier : départ d’un cofondateur, questions d’investisseurs sur la titularité des droits ou flou sur la propriété du code source. Lorsqu’elle est intégrée dès le départ dans les pratiques, les contrats et les décisions d’affaires, la PI permet au contraire de sécuriser le développement de l’entreprise et d’éviter des risques coûteux. Au-delà des enjeux juridiques, elle constitue un véritable outil stratégique au service de la croissance à long terme d’une entreprise.
Les fondateurs sont les mieux placés pour définir une stratégie de PI cohérente, puisqu’ils ont une vision globale du projet, des objectifs à long terme et des risques acceptables. La PI ne se réfléchit pas en vase clos, elle doit appuyer le modèle d’affaires et la stratégie de croissance. Une entreprise dont la croissance repose sur une expansion internationale rapide n’aura pas les mêmes priorités en matière de PI qu’une entreprise dont la valeur repose principalement sur l’innovation technologique ou la recherche et le développement. Dans tous les cas, les choix en matière de PI doivent être intentionnels et alignés sur la trajectoire de l’entreprise.
Les décisions prises dès les premières étapes, comme le dépôt de brevets, l’enregistrement de marques, la gestion des licences ou accords de confidentialité par exemple, structurent la protection des actifs clés. Elles influencent directement la confiance des investisseurs, la crédibilité auprès des partenaires et la capacité d’une entreprise à se développer. Sans surprise, la PI fait partie intégrante des exercices de diligence raisonnable : une structure claire facilite le financement et les collaborations, tandis qu’une PI mal encadrée crée de l’incertitude et ralentit la croissance.
La PI ne repose pas uniquement sur des décisions stratégiques, elle se construit aussi dans les pratiques quotidiennes. Les fondateurs jouent un rôle central en donnant le ton et en intégrant la PI dans les réflexes de l’équipe. Documenter les idées, anticiper les risques et sécuriser l’innovation dès les premières étapes deviennent alors des comportements naturels, partagés par l’ensemble de l’organisation.
Une culture de PI repose avant tout sur la compréhension. Les équipes doivent savoir ce qu’est la PI, pourquoi elle est importante et comment elle soutient la création de valeur. Des formations ciblées, l’intégration des notions clés dès l’arrivée des employés et des exemples concrets permettent d’ancrer ces réflexes. Il est également essentiel de clarifier la titularité des droits, notamment dans les contrats de travail et de sous-traitance, afin d’éviter les zones grises.
La documentation est un moyen simple et efficace pour protéger la PI. Consigner les idées, innovations et contributions dès leur création, puis tout au long du développement, permet d’établir clairement la titularité des droits et de renforcer la protection des actifs clés, notamment lors de financements ou de partenariats.
La PI devient réellement efficace lorsqu’elle est intégrée au fonctionnement quotidien d’une entreprise. En tenant compte des enjeux de PI dès la planification des projets et en offrant des mécanismes simples pour identifier les risques ou opportunités, l’entreprise favorise une vigilance collective. La PI cesse alors d’être un sujet réservé à la direction pour devenir un réflexe partagé.
De nombreuses erreurs en matière de PI peuvent être évitées par anticipation. Limiter les divulgations publiques, vérifier la disponibilité d’une marque avant un lancement ou consulter un expert en PI en amont sont des pratiques simples qui permettent de réduire considérablement les risques juridiques et financiers.
La PI est présente dans toutes les activités de l’entreprise, par exemple, dans ses produits, son expertise interne, ses contrats et ses décisions quotidiennes. Qu’il s’agisse de développement logiciel, d’intelligence artificielle, de produits de consommation ou de services, elle fait partie intégrante de la réalité opérationnelle.
La question n’est donc pas de savoir si une entreprise détient de la PI, mais si celle-ci est structurée et maîtrisée. Selon le modèle d’affaires, les actifs de PI peuvent inclure notamment :
Dans tous les secteurs, une PI négligée ou abordée trop tardivement expose l’entreprise à des risques évitables et peut freiner son développement.
Pour une entreprise en démarrage, la structuration de la PI est un enjeu central. Les droits doivent être clairs et reflétés de façon cohérente dans les contrats et les relations d’affaires. Lorsque la titularité est floue ou mal encadrée, les conséquences sont souvent immédiates : on peut parler de retards lors de levées de fonds, de conflits internes, d’obstacles à la commercialisation ou de perte de contrôle sur des actifs clés.
Porter attention à la PI dès les premières étapes, notamment dans les conventions entre fondateurs, les contrats de travail ou de sous-traitance et les ententes avec des clients ou partenaires, permet d’éviter ces situations. Une structure claire réduit l’incertitude, facilite la croissance et renforce la confiance des investisseurs et des partenaires.
Les contrats sont le principal outil par lequel la stratégie de PI devient concrète. Sans être juriste, il est essentiel de savoir reconnaître les situations où des enjeux de PI se posent et nécessitent une vigilance particulière.
Certaines catégories de contrats appellent systématiquement une attention accrue:
À chaque étape, poser les bonnes questions en amont permet de sécuriser les actifs, de soutenir la croissance et de préserver la capacité de l’entreprise à créer de la valeur
La PI constitue à la fois un risque à encadrer et un véritable atout pour l’entreprise. Lorsqu’elle est structurée dès le départ et intégrée de façon proactive aux décisions d’affaires, elle renforce la crédibilité, facilite les partenariats et soutient les démarches de financement. Elle reflète aussi le niveau de maturité stratégique et organisationnelle de l’entreprise.
Les fondateurs en sont les premiers responsables, mais la pérennité repose sur une appropriation collective de ces enjeux. En développant des réflexes simples, en s’appuyant sur des contrats clairs et en intégrant la PI au quotidien, l’entreprise transforme un sujet juridique en avantage concurrentiel durable.
Ainsi, la PI n’est pas un enjeu secondaire : elle constitue un levier stratégique essentiel pour structurer, protéger et accélérer la croissance d’une entreprise. Lorsqu’elle est intégrée tôt et de manière cohérente aux décisions d’affaires, elle devient un véritable avantage concurrentiel durable. Pour les fondateurs, investir dans la PI dès les premières étapes, c’est investir directement dans la valeur et la pérennité de leur entreprise.